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Le Carreaucarnet de l'Amicale bouliste des Tilleuls

Technique

Pointer, tirer, et le carreau

Pointer, c'est approcher sa boule du but. Tirer, c'est chasser celle de l'adversaire. On dit que les pointeurs font gagner les parties et les tireurs les concours ; au club, on n'a jamais tranché, et on n'a pas l'intention de le faire.

Le carreau : la boule tirée prend la place de l'autre. Dessiné de mémoire, d'après Gérard.

Tenir la boule, et les pieds

La boule se tient dans la paume, les doigts serrés autour, le dos de la main vers le ciel. Le bras balance d'arrière en avant comme un pendule, sans forcer, et on lâche la boule en ouvrant les doigts au bout du mouvement. Ce geste, main par-dessus, donne à la boule un effet rétro : elle tourne vers l'arrière et freine en touchant le sol. C'est ce qui permet de la poser au lieu de la jeter.

Les pieds restent dans le cercle, joints ou presque, et collés au sol jusqu'à ce que la boule soit retombée. Le nom du jeu vient de là : en provençal, pès tancats, les pieds ancrés. On raconte que tout a commencé à La Ciotat en 1907, quand un joueur de jeu provençal, trop perclus de rhumatismes pour prendre son élan, s'est mis à jouer sans bouger les pieds. Tout le monde raconte cette histoire, alors on la raconte aussi.

On peut pointer debout ou accroupi. Accroupi, on a l'œil plus près du sol et on lit mieux le terrain ; debout, on garde ses genoux pour la troisième partie. Maurice pointe accroupi depuis cinquante ans. Ses genoux ne sont pas d'accord, mais il ne les écoute pas.

Pointer : trois façons de faire

Tout se joue sur la donnée, l'endroit où la boule touche le sol pour la première fois. Plus elle tombe près du but, moins elle roule, et moins le terrain a son mot à dire.

Trois points vers le même but. Le trait plein, c'est la boule en l'air ; le pointillé, c'est ce qu'elle roule ensuite.
  • La roulette. La boule part bas, touche le sol après un ou deux mètres et roule tout le reste. Sur un terrain plat et propre, c'est le plus simple. Chez nous, ça ne marche vraiment que sur le 1 et le 2.
  • La demi-portée. La boule tombe vers le milieu du trajet et roule la seconde moitié. C'est le point de tous les jours, celui qu'on apprend en premier au club, parce qu'il pardonne à peu près tout.
  • La plombée, ou portée. La boule monte haut et tombe à un mètre du but, ou moins, avec assez d'effet pour presque s'arrêter net. C'est le point des terrains caillouteux, du 6, et de Maurice, qui la joue partout, même sur le 1.

Lire le terrain

Avant de pointer, allez voir. Marchez jusqu'au but, regardez l'endroit où vous comptez faire tomber la boule, et ce qu'il y a entre la donnée et le but : un caillou, une trace de boule, une pente.

Chez nous, le 4 penche vers le cabanon. Tout le monde le sait, sauf ceux qui jouent dessus pour la première fois, et on ne le leur dit pas tout de suite. Après la pluie, le terrain freine, et il faut donner plus fort qu'on ne pense. En juin, quand les tilleuls collent, aussi.

Tirer

Le tireur reste dans le cercle comme tout le monde, sans élan. Il regarde la boule qu'il vise, pas le but, lève le bras bien dans l'axe et lâche la boule un peu plus haut qu'au point. Il y a trois façons de toucher.

La même boule visée, trois façons de l'atteindre. Le pointillé serré, c'est la boule qui roule.
  • Au fer. La boule tombe directement sur la boule visée, sans toucher le sol avant. C'est le tir le plus propre, et le seul qui donne des carreaux.
  • Devant. La boule tombe quelques centimètres avant la cible et la frappe juste après. Ça pardonne un peu, surtout sur un terrain souple.
  • À la rafle. La boule touche le sol loin devant et finit en roulant sur la cible. Sur un terrain dur et plat, ça marche ; sur notre calcaire, beaucoup moins. Gérard la joue quand il a mal au dos, et il le dit.

Un conseil qu'on répète tous les vendredis : apprenez à tirer une boule seule avant de tirer une boule collée au but. Et quand vous ratez, ratez long plutôt que court. Une boule courte risque d'emmener le but, ou vos propres boules.

Le carreau

Le carreau, c'est le tir au fer parfait : la boule du tireur frappe la boule adverse, la chasse, et prend sa place à quelques centimètres près. Si elle ne bouge pas du tout, c'est un carreau sur place, et on en parle pendant des années.

C'est le plus beau coup du jeu, et c'est le nom de ce site. Au club, on en compte une dizaine par saison, dont la moitié pour Gérard, qui les raconte deux fois. Le dessin en haut de la page montre comment ça se passe. En vrai, ça va plus vite, et ça fait un bruit qu'on reconnaît depuis le parking.

S'entraîner le vendredi

L'atelier du vendredi dure une heure, avant la mêlée. On fait toujours à peu près la même chose, et c'est voulu.

  • Tir sur boule seule. Une boule posée à 6, 7, puis 8 mètres. Trente boules chacun, et on note les touchées sur l'ardoise. Les totaux de l'été sont dans la chronique.
  • Le cercle. Un cercle de 50 cm tracé autour du but, dix boules en demi-portée, et on compte combien restent dedans. Puis on recommence en plombée.
  • La donnée. Une capsule de bière posée sur le terrain, et on essaie de la toucher avec la boule sans s'occuper du but. Personne n'aime cet exercice. C'est le plus utile.

Le meilleur entraînement reste de jouer, et de jouer avec plus fort que soi. Le mardi, Maurice accepte de pointer contre les débutants. Il ne fait pas de cadeau, mais il explique.